Orgue Saint-Michel

saintmichel22webL’orgue, instrument profane à l’origine, est devenu religieux à partir du Xème siècle. Pendant longtemps, il ne se trouve que dans les couvents, les Collégiales et les églises des villes.

Au XVIIIème siècle, il arrive dans les villages selon la maxime « une église sans orgue est un corps sans âme ». Il devient donc urgent d’en doter les églises ce qui provoque l’augmentation des facteurs d’orgue.

Au XVIIIème siècle, Reichstett, village meurtri par la Guerre de Trente ans (1618-1948), connait une véritable renaissance. Les habitants profitent de la longue période de paix pour refaire ce que la guerre avait défait. En 1778, le village compte environ 500 habitants, tous catholiques, contre quatre-vingt habitants cent ans auparavant et la population continue d’augmenter. L’église, en piètre état, devient trop exigüe pour accueillir tous les fidèles. L’idéal serait la construction d’un nouvel édifice plus spacieux mais le coût étant jugé trop élevé, la commune décide de restaurer par étapes la vieille église. En 1767 débutent les travaux. On démolit la nef, remplacée par une plus vaste de cinq travées.

En 1773 c’est au tour du chœur de faire peau neuve.

En 1786 a lieu la démolition du clocher remplacé par un clocher de façades à étages, octogonal avec deux clochetons latéraux de style néo-classique. Le temps est venu de commander l’orgue.

Malgré un climat politique dégradé et plein d’incertitudes (fin de l’ancien Régime-Révolution française de 1789) les édiles de la Commune, en accord avec le curé, passent commande auprès de Michel STIEHR, Facteur d’orgues de renom en basse Alsace, installé à Seltz.

Ils savent que les frais seront, en partie, couverts grâce à la générosité des paroissiens, preuve que Reichstett est un village riche et ce malgré les déboires subis.

Cette commande peut toutefois surprendre plus d’un car Reichstett entre dans une période agitée et les changements vont bon train.

En décembre 1789 le séculaire Prévôt (Schultheiss) est remplacé par un Maire élu et les échevins par des conseillers municipaux.

En janvier 1790 le clergé est dépouillé de ses prérogatives de la gestion villageoise. La tenue des registres de l’Etat Civil revient à la Commune. Le greffier paroissial, Simon KELLER, Laboureur de son état, devient le premier Secrétaire-Greffier du village.

Le premier Reichstettois à porter le nom de « Maire » est le sieur KUHN, un laboureur influent, tout acquis aux idées nouvelles.

Lors des élections mouvementées du 23 décembre 1792, i perd la partie face à Nicolas ANDRE, soutenu par le curé WEINUM, en poste depuis 1749.

Ce dernier, homme incontournable dans le village, refuse de prêter le serment à la Constitution Civile du Clergé, votée le 12 juin 1790 comme la majorité du Clergé alsacien.

Les biens de la paroisse devenus biens nationaux sont vendus aux enchères.

L’église et le presbytère reviennent à la Commune, la grange dîmière (Zehnteschier) est vendue aux aïeuls de la famille de Thomas Alphonse.

L’unité villageoise est rompue. Les uns restent fidèles à l’Eglise, représentée par le curé André Weinum alors que les autres acquéreurs de biens nationaux sont attachés, par leur intérêt même, au succès de la Révolution.

Lorsque le curé Weinum meurt en 1793, son poste reste vacant jusqu’en 1801 car les prêtres jureurs ou assermentés sont rares et on ne donne pas de poste aux autres.

Dès 1791, l’agitation s’installe ; Des prêtres réfractaires dont un certain Berthel à Reichstett, exercent ostensiblement leur fonction.

Sur le plan administratif autre changement : notre village qui dépendait du Baillage de La Wantzenau jusqu’en 1789 est rattaché au canton de Brumath.

C’est dans cette ambiance que Michel Stiehr et ses compagnons installent l’orgue en l’église St Michel. Cet instrument est un véritable trésor de précision et de techniques insoupçonnées du non initié qui ne voit que l’enveloppe c'est-à-dire les boiseries sculptées du buffet et la succession des tuyaux.

Michel Stiehr domine tout ce savoir-faire car après son apprentissage  à Würzbourg, il a travaillé chez Ferdinand Stieffel à Rastatt pour se perfectionner avant de s’installer à son compte à Seltz en 1777.

Un long apprentissage accompli pour être facteur d’orgues car il faut à la fois  être dessinateur, ébéniste, tuyauteur, ferronnier, mécanicien et acousticien.

saintmichel07webL’orgue installé à Reichstett est un instrument muni d’u clavier et d’une pédale pour dix-huit registres.

Il comprend une « voix humaine » comme l’orgue contemporain qu’il a installé à Hoerdt  ainsi qu’un basson, instrument à vent en bois à anche double dont les vibrations des languettes mobiles produisent le son.

Le bois utilisé pour le « sommier », la pièce qui reçoit les chevilles pour tendre les cordes et le « buffet » garni de sa montre ou miroir c'est-à-dire les tuyaux, est en bois de chêne vieux de plus de 20 ans.

En 1807, Michel Stiehr revient à Reichstett pour réparer, réaccorder son orgue qu’il écoute, sonde pour mettre au jour ses forces et ses faiblesses. Pour réussir i lui faut un solide sens de l’harmonie associé à une oreille musicale et une grande habileté manuelle.

Après la bataille de la Souffel (28/29 juin 1815), bataille sans vainqueur, ni vaincu, des soldats du Prince Héritier, Guillaume de Würtemberg, mécontents de l’issue des combats, ont visité l’église, ont cassé des objets de culte et endommagé l’orgue en arrachant des tuyaux.

En 1821 l’orgue est réparé par Blaise Chaxel et son fils François Ferdinand, Facteurs d’orgue à Benfeld. Ils remplacent également le siège et le miroir. Il faut sauver l’essentiel.

saintmichel04webL’instrument restauré a retrouvé ses qualités premières, pour preuve la « Statistique Diocésaine » qui parle en 1840 « d’un beau jeu d’orgue à Reichstett ».

En 1843, Joseph Stiehr qui succède à son père Michel à la tête de l’entreprise familiale, change les jeux, clairon contre voix humaine, les anches du basson et remplace le dessus de trompette ainsi que le clavier. Il répare la soufflerie et réharmonise complètement l’instrument.

Le  27 août 1861un ouragan provoque de nombreux dégâts matériels dans le village. L’orgue est  endommagé. Le conseil municipal vote aussitôt un crédit de 270 francs mais la réfection attendra.

Le 16 août 1874, soit treize ans plus tard, la municipalité décidé enfin et en urgence de faire réparer l’orgue et demande un devis à Monsieur Stiehr.

En 1899, nouvelle réparation. Coût 8886 Marks.

Au fil des années, la fabrication des orgues évolue. De nouveaux procédés voient le jour. Les Stiehr, fidèles à la traction mécanique, qui selon eux a fait ses preuves, acceptent les flûtes harmoniques et les voix célestes mais refusent la traction pneumatique alors en vogue. Ce refus sonnera leur glas.

En 1904, la commune fait appel à Edouard Alexandre Roethinger (1866-1953) facteur d’orgues à Strasbourg qui remplace la traction mécanique par une traction pneumatique avec deux claviers et vingt-quatre jeux dont la durée se révèlera plus courte.

Lors de la première guerre mondiale (1914-1918), les Empires Centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie) en manque de matières premières, par suite du blocus, réquisitionnent, à partir de juin 1917, les cloches et les tuyaux d’orgue en étain.

La guerre terminée et la paix revenue l’orgue est restauré et les pièces manquantes sont remplacées.

La durée de vie d’une traction pneumatique étant relativement plus courte quecelle de d’une traction mécanique, Louis Blessig, Facteur d’orgues à Strasbourg électrifie le mécanisme en 1959.

En 1979, il faut sauver l’orgue, les nombreuses transformations s’étant révélées catastrophiques.

Le défi est relevé par les frères Jean Georges et Yves Koenig, Facteurs d’orgues à Sarre-union et le professeur Pfrimmer du Conservatoire de Strasbourg, Expert de la commission des orgues qui mettent au point un plan de restauration. Il leur faudra un délai de restauration assez long (1979-1982). Pour restaurer l’orgue et avant de pénétrer dans l’intimité de l’instrument ils ne savent pas ce qui se cache derrière le buffet.

En 1982, les frères Koenig reconstruisent un instrument neuf dans le buffet de 1792 dont ils ne conservent  qu’une partie du « grand cornet », un des jeux de l’orgue, les « pavillons » c’et à dire les extrémités évasées du dessus de la « trompette » ainsi que le « salicionnal », jeu de fonds de l’orgue et une partie du « flageolet », jeux d’orgue les plus aigus.

Dans le compromis entre le passé et le présent où évoluent nos facteurs d’orgues, ils se réfèrent à la tradition mais tentent d’innover par rapport aux techniques anciennes.

L’orgue actuel est pratiquement la restauration de l’orgue de Stiehr sur deux claviers.

Il manque la voix humaine et le basson.

Le clavier de l'orgueLe travail achevé, l’orgue est inauguré le 15 mai 1982 en présence du professeur Pfrimmer. Le coût de la restauration, 342 124 francs, sera couvert, pour une partie par une subvention de 100 000 francs accordée par la Commune, une dotation égale à 10% du coût total octroyée par le Conseil Général et par un prêt consenti par l’association St Michel.

Pour le reste de la dépense, les paroissiens rivalisent d’imagination : vente de pièces de l’orgue restauré, dons, expositions artistiques…

De l’orgue de l’église paroissiale seul le buffet en chêne, orné de sculptures, est de Michel Stiehr (1792).

Détails du buffet de l'orgueDe par son architecture et son ornementation ce meuble est un témoin de l’art régional du XVIIIème siècle.

Il est garni de sa montre c'est-à-dire les plus gros et les plus beaux tuyaux d’étain si souvent la proie d’escrocs ou de la réquisition.

L'intérieur de l'orgue est d'une grande complexité avec les deux familles de tuyaux, les jeux à bouches (fond) où la vibration est produite par le jet d'air contre la lèvre supérieure et les jeux à anche où la vibration est produite par une languette.

Les principaux tuyaux sont en étain, les flûtes et les bourdons sont en bois.

Composition de l'orgue actuel

Grand Orgue

56 notes
Montre 8'
Prestant 4'
Doublette 2'
Cornet 5 rgs
Fourniture 4 rgs
Trompette 84
II / I

Positif intérieur

56 notes 
Bourdon 8' 
Salicionnal 8'
Flûte 4'
Nasard 2' 2/3
Flageolet 2'
Tierce 1' 3/5   

Pédale

27 notes
Soubasse 16'
Octavebasse 8'
Trompette 8'
I / P
II / P


M. Grasser Albert